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blog des marocains reveurs

14 octobre 2007

Gros Plan sur Naima Bouguerjouma (Maroc –UMT)

Les femmes ont compris que se syndiquer permet d’avoir plus de droits”

  Naima_Bouguerjouma_191206_100Coordinatrice du Comité des femmes de la polyclinique de la CNSS (Caisse nationale de sécurité sociale) de Marrakech et déléguée du personnel, Naima Bouguerjouma nous expose la lutte quotidienne dans le secteur de la santé, pour le droit à l’allaitement au travail, contre le harcèlement sexuel, et pour l’accès des femmes à des postes à responsabilité. Première femme à occuper le poste de surveillante générale dans sa polyclinique, elle se réjouit de la volonté des femmes marocaines de mieux défendre leur droit.

Quand et pourquoi avez-vous débuté vos activités syndicales ?
Après avoir obtenu un diplôme d’Etat de la Croix Rouge française, j’ai commencé à travailler en polyclinique à partir de 1984 à Casablanca. Puis en 1995, je suis venue travailler à Marrakech. Je suis entrée dans le syndicat en 1986. J’ai vu la bonne action du syndicat, j’ai vu comment il défendait les travailleurs et je me suis dit que je devais y adhérer. J’ai 46 ans, trois enfants. Mon mari me soutient beaucoup, il est lui-même syndicaliste dans le secteur de l’hôtellerie.

Quels sont les problèmes spécifiques auxquels les travailleuses de votre polyclinique sont confrontées ?
La polyclinique emploie 140 travailleurs, dont 75% de femmes. Les difficultés à respecter le droit à l’allaitement maternel représentent une importante préoccupation. Les femmes ont le droit à l’allaitement sur le lieu de travail mais c’est très difficile à organiser la nuit. On s’arrange au maximum entre nous pour éviter les horaires de nuit aux jeunes mères, c’est une question de solidarité. Jusqu’il y a peu, les femmes ne pouvaient pas avoir de postes à responsabilité dans la polyclinique, mais cela change.

En 2003, vous avez obtenu le poste de surveillante générale, comment y êtes-vous parvenue ?
Ce poste était jusque là réservé aux hommes mais grâce au combat syndical, j’ai pu être la première femme à y accéder. Les travailleuses ont peur du harcèlement moral et sexuel. Avec des femmes aux postes à responsabilité, elles sont plus en confiance, elles prennent de l’assurance et font un travail plus performant. Je m’occupe aussi de la formation et du recyclage des infirmières, pour assurer une mise à niveau avec les nouvelles procédures.

Le harcèlement sexuel est-il fréquent?
Oui, on a été confrontés à plusieurs cas, mais on les a réglés sans faire de tapage car les femmes préféraient protéger leurs familles. Mais aujourd’hui les femmes osent de plus en plus en parler, certaines n’hésitent pas à répliquer sur place devant tout le monde quand un homme les agresse.

Pensez-vous que la campagne syndicale « les femmes pour les syndicats- les syndicats pour les femmes » (*) lancée au Maroc a déjà eu des effets concrets?
Grâce à la campagne, plus de femmes veulent adhérer au syndicat. Les femmes sont aujourd’hui très majoritaires dans les syndicats de mon secteur, elles ont compris que se syndiquer permet d’avoir plus de droits.

Quelle sont vos revendications les plus immédiates ?
Le malheur c’est que les travailleuses qui partent ne sont pas remplacées. On bataille pour obtenir des postes de remplaçants et aussi des postes d’intérim pour les périodes de congés. Sinon quand certaines partent en congé, la charge de travail est trop lourde pour les autres. D’autant qu’avec l’assurance maladie obligatoire qui a été mise en place, il y a plus de travail qu’avant.

Comment évolue à vos yeux la place des femmes au sein de l’UMT ?
Dans mon secteur, la grande majorité des femmes adhère au syndicat. Localement, le bureau syndical compte 75% de femmes pour 25% d’hommes. Au niveau de la fédération nationale du secteur, il y a la moitié d’hommes pour la moitié de femmes, mais tous les postes à haute responsabilité sont occupés par des hommes. Et la proportion globale des femmes dans l’UMT reste encore très faible.

Mais on commence à s’imposer, à faire notre place. Je suis optimiste. La femme devient consciente de ses droits et obligations, elle se bat pour avoir plus de responsabilités et, croyez-moi, ce n’est pas un cadeau qu’on reçoit, c’est vraiment le fruit d’une lutte. La femme marocaine devient de plus en plus ouverte sur le monde, sur la question du développement. Le contexte familial et social évolue. Les hommes commencent à laisser plus facilement leur femme sortir pour participer à des réunions. C’est la contrepartie au fait qu’elle participe au revenu économique. Il ne faut pas s’arrêter, il faut pousser une vision à long terme en faveur des droits des femmes, continuer à avancer sinon on va reculer.

Vous avez participé en septembre dernier à un séminaire d’évaluation de la campagne en faveur des droits des femmes dans les syndicats menées au Maroc et en Algérie, qui s’inscrit dans le cadre de la campagne mondiale « Les Syndicats pour les Femmes –les Femmes pour les Syndicats » menée par la CSI. Qu’avez-vous appris des échanges avec vos consœurs algériennes ?
Globalement, nous avons les mêmes problèmes. Mais en écoutant mes consœurs algériennes, je me suis rendue compte qu’en Algérie l’accès des syndicats aux usines est plus facile qu’ici au Maroc où le patronat est roi. C’est un système différent.

A l’issue de ce séminaire, comment pensez-vous que le travail entamé pourrait être amélioré à l’avenir ?
Je trouve qu’on manque de capacité d’évaluation. C’est capital pour apprendre les leçons de ce qui n’a pas marché et réfléchir à comment faire autrement à l’avenir. Il faudrait aussi plus d’information sur ce qui se passe dans les autres régions et les autres secteurs. La communication nous fait parfois défaut pour mieux comparer les situations.

Propos recueillis par Natacha David.

http://www.ituc-csi.org/spip.php?article508&var_recherche=maroc

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Gros Plan sur Asma Elbassir ( Maroc-UMT)

Asma_Elbassir_191206_100Prothésiste dentaire de formation, Asma Elbassir est aujourd’hui fonctionnaire au service social de la commune de Casablanca. Membre du Comité des femmes et du Comité des jeunes de l’UMT, elle se réjouit du renforcement des compétences des femmes acquis grâce à la campagne de syndicalisation des femmes (1). Alors que les jeunes Marocains sont lourdement frappés par le chômage et se sentent marginalisés par rapport au processus de développement, Asma Elbassir plaide en faveur d’une meilleure visibilité et d’une meilleure reconnaissance des jeunes, dans la société comme dans les syndicats.

Quelle motivation t’a poussé à devenir active dans le mouvement syndical ? _ Au début, j’ai été attirée par le monde associatif de la société civile dans lequel j’ai appris beaucoup de choses. Le principal c’est l’idée d’apporter son aide pour servir les autres. J’ai constaté dans le milieu du travail qu’une simple travailleuse ne peut pas faire respecter ses droits si elle agit seule face à ses supérieurs pour contrer une discrimination au travail et défendre sa dignité. C’est pour cela qu’ il faut rejoindre un organisme bien fort, dans lequel tous les efforts sont mis en commun, pour mieux protéger les droits de tous et toutes. J’ai choisi l’UMT pour réaliser cette ambition car l’UMT a un poids reconnu au niveau national et international, c’est stimulant comme cadre pour promouvoir les droits.

Que caractérise la situation des femmes dans la société et sur le marché du travail marocains ?
La femme marocaine a joué un rôle important dans l’évolution du potentiel humain du Maroc. Après une période ou elle a été la grande oubliée du processus de développement humain, elle a pu réaliser, au prix d’un grand combat, des avancées qui sont aujourd’hui unanimement reconnues. Mais elle fait toujours face à des obstacles liés à l’héritage traditionnel et culturel, un sentiment d’infériorité par rapport à l’homme, ce qui la met en position de faiblesse face au harcèlement physique et moral, et ce qui la cantonne dans des postes de travail médiocres pénibles, sans pouvoir de décision. A cause de la problématique de la maternité qui n’est pas suffisamment prise en compte, elle manque d’opportunités de formation et de promotion professionnelle par rapport aux hommes qui accèdent plus facilement aux postes à responsabilités.

Comment as-tu participé à la campagne pour les femmes dans les syndicats au Maroc (1)? _ J’ai participé à la campagne pour les femmes dans les syndicat en faisant une tournée syndicale au niveau des entreprises, pour être à l’écoute des problèmes vécus au sein de ces sociétés par les travailleuses et pour pousser l’idée que les femmes ont intérêt à participer elles-mêmes à la défense de leurs droits. Si les femmes ne sont pas présentes et ne font pas entendre leur voix dans le syndicat, le syndicat ne pourra pas prendre en charge correctement leurs problèmes spécifiques, notamment les questions de discrimination et de harcèlement.

As-tu vu des résultats concrets de cette campagne? _ Absolument, il ya de réels résultats concrets. On a amélioré notre capacité syndicale en renforçant la confiance en soi, la prise de parole, les techniques de communications, la prise en compte de facteurs culturels. Les femmes ont renforcé leurs compétences et sont mieux outillées pour prendre des responsabilités syndicales.

Quels sont les problèmes majeurs que rencontrent les jeunes Marocains, hommes et femmes? _ Les jeunes constituent les deux tiers de la population. Mais les politiques du Maroc depuis son indépendance n’ont pas suffisamment intégré la jeunesse dans l’équation globale du développement. Le manque de perspectives, la difficulté à se réaliser, le chômage, l’immigration clandestine, la pauvreté, la drogue, les diplômés chômeurs, témoignent de graves dysfonctionnements dans la mise en valeur des ressources humaines nationales.

Fais-tu partie d’une structure spécifique pour les jeunes au sein du syndicat?
Evidemment oui. Je suis membre du Comité des jeunes. Et je participe aussi à des colonies de vacances pour les enfants.

Penses-tu que l’UMT accorde suffisamment de place aux jeunes et à leurs problèmes, et notamment en ce qui concerne les jeunes femmes ?
Depuis son neuvième congrès en 1995, l’UMT a opté pour l’ouverture sur les organisations démocratiques de la société civile (mouvements des droits humains, des jeunes, des femmes, des chômeurs,...) qu’elle considère comme des alliés de la classe ouvrière. Dernièrement, le Premier ministre a eu des entretiens avec l’UMT, avec une attention particulière donnée à l’emploi des jeunes qualifiés et à l’initiative nationale pour le développement humain. Au niveau des femmes, l’UMT s’inscrit notamment parmi le réseau de lutte contre le harcèlement sexuel constitué suite au cas de harcèlement sexuel perpétré par un responsable de l’Hôtel Sofitel Diwan à l’encontre de certaines employées. La violence à l’égard des femmes en général sous toutes ses formes (physique, verbale, psychologique et sexuelle) ne cesse de s’accroître.

En tant que jeune, comment voudrais-tu voir évoluer le mouvement syndical marocain?

En tant que jeune, j’exprime une volonté forte pour intégrer les valeurs modernes de démocratie dans la dynamique institutionnelle et sociétale. Le Maroc est un pays de jeunes, qui emmagasine un capital illimité d’intelligences et de compétences. Ces jeunes veulent participer à une nouvelle culture de confiance et de reconnaissance. Ils réclament plus d’écoute, de mécanismes d’intégration et de possibilités de participation pour l’élaboration de nouveaux rapports à l’Etat, à la société et à la nation. Le mouvement syndical doit aussi s’inscrire dans cet esprit-là et s’engager dans une approche différente d’entreprise et d’initiative. Un travail de mobilisation et de conscientisation parmi les jeunes reste à faire, car ils ressentent un besoin réel de visibilité.

Propos recueillis par Natacha David.

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